Puis résonnent les cliquetis des sacs et le bruit des pieds déplaçant quelque caillou endormi sur le sentier, car les pierres somnolent, vivent et parlent même parfois quand on les écoute...
Et chaque bruit lointain prend alors une dimension mystérieuse, est-ce un renard… un ours… un petit génie des bois…
Le souffle est court, tout juste de quoi aérer les neurones, de s’échauffer et signifier au corps qu’il doit se mouvoir avec un minimum d’énergie et chaque muscle compte sur son voisin pour réaliser l’effort demandé. En plus ça monte.
Il est des nuits où la lune éclaire la montagne et les cimes environnantes d’une lueur faible mais suffisante pour indiquer les soubresauts du sentier et guider les pas nocturnes des vaillants montagnards, mais pas aujourd’hui, c’est une nuit d’encre noire et seulement trois personnes ont pensé à prendre la frontale. Sur six randonneurs, c’est peu… A chacun d’user donc du 7e sens montagnard, l’équilibre.
L’air vif pince le visage et rougit les lobes d’oreilles, les alvéoles se gonflent d’un oxygène salvateur et la petite équipe monte, avance et s’élève vers le col invisible mais inévitablement là, droit devant au dessus des têtes. Après une heure de marche la pénombre se fait moins mystérieuse et au loin, à l’est, l’horizon s’illumine doucement offrant une teinte pastel qui évolue graduellement à chaque minute, du noir au sombre, de l’opaque à la pénombre. Puis des hombres lointaines émergent et s’animent de tous cotés, de l’est à l’ouest, au dessus de nos têtes également, puis elles se rapprochent et viennent nous frôler amicalement. Un petit effort et le col est atteint à l’aube et lentement, au loin, le Pic d’Ossau émerge soudain, sobre et majestueux. Les mains de Pombie et de Peyreget s’éveillent dans la brume, hirsutes et titubantes, elle nous font maladroitement signe d’approcher,
dépêchez-vous... le volcan s’éveille. »
Le soleil surgit enfin derrière les crêtes du Chérue, il illumine tour à tour les pointes d’Aragon, la pointe Emmanuelle, la Jean Santé, la pointe de France… Car l’Ossau n’est pas une montagne composée des seuls petit pic et grand pic, c’est un enchevêtrement inextricable de piliers et cimes imbriqués pour former un puzzle pomatoire que l’alpiniste se plait à découvrir en escaladant chaque cime énigmatique par des itinéraires qui ne le sont pas moins.
Chaque ascension de l’Ossau est un voyage vertigineux, une aventure rocailleuse et enivrante.
Puis l’éruption solaire assure le spectacle, sans artifices et en un seul acte. Pas de rappel, jamais jusqu’au lendemain. Car cela se mérite et demeure un privilège, après une heure et demie de marche nocturne, les pieds se posant à tâtons pour éviter de se retrouver ventre à terre et le nez dans un terrier risquant d’éveiller les marmottes qui somnolent roulées en boule, au chaud. Surtout ne jamais réveiller les marmottes...
Le soleil s’élève lentement et grossit en modifiant l’éclairage de la scène à chaque seconde, faisant danser les hombres des pointes massives, le doigt de Pombie rougit enfin et se dresse fièrement sur la face est du volcan réveillé. Puis les teintes se nuancent du rouge au rose, de l’orange à l’ocre. Enfin, l’andésite et les lichens s’imposent à nouveau et colorent la montagne de teintes grises, jaunes et verdâtres.
Quelques alpinistes sont déjà au pied de la muraille de Pombie pour défier l’un des multiples itinéraires zébrant le labyrinthe ossalois.
au souffle chaud de l’astre qui illumine l’artiste de la vallée !
comme ces rêves au matin qui vous interrogent sur leur exactitude...